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Le Yin et le Yang - Original - fic n°1

Titre: L'Escamoteur
Auteur: plume_de_plomb
Thème: Le Yin et le Yang
Fic n°1
Fandom: Original
Personnages: Basil et l'Escamoteur
Rating: PG
Disclaimer: Ce qui figure dans ce texte, personnage, scénario, ... m'appartient


L’ennui tue même les esprits immortels. Un mage au nom inconnu en était victime. Assis sur sa chaise, le menton lové dans la paume de sa main et l’expression fatiguée, il observait un objet dont seuls les contours se dessinaient dans l’obscurité des lieux. Cela faisait un temps infini qu’il attendait. Le soleil brillait sur les Royaumes, les oiseaux chantaient et les humains riaient. La paix régnait paisiblement sur ce petit monde prospère depuis de trop nombreux printemps. L’étrange magicien, lui, s’impatientait. C’était la guerre et les conflits qui l’intéressaient ; il en allait de sa survie ! Pas la moindre trace d’un potentiel hôte assez fragile afin que son esprit puisse s’y installer. Il aurait tout de même préféré mourir au sein d’une guerre atroce qu’il aurait provoquée plutôt que de périr de la sorte, d’ennui et de carence d’hommes tourmentés.
Et alors que son attention allait décroissante et que ses paupières menaçaient de se clore sous la fatigue de sa veille acharnée, une infime lueur bleu pâle naquit au creux de ce fameux objet, captant toute la concentration de son esprit mourant. Des lèvres s’étirèrent dans le noir et laissèrent apparaître un sourire carnassier.

***


« Monte dans ta chambre, tu es privé de repas ; je ne veux plus te voir ! »
Les mots résonnaient encore dans la tête du petit Basil. Le jeune enfant s’était laissé glisser au sol, ses bras enserrant ses genoux. Adossé contre la porte bien close de sa chambre, il luttait contre les larmes. Il ne remarqua pas immédiatement qu’il n’était pas seul, trop occupé à broyer du noir. Basil n’était âgé que d’une dizaine d’années. Il était l’enfant unique du premier consul de la ville. Son éducation était donc des plus strictes. Ses parents tenaient à ce qu’il soit toujours parfait face au monde : présentable dans ses beaux costumes, correctement instruit et régulier dans ses visites au temple. Tout le monde au manoir s’arrangeait pour que son emploi du temps ne lui permette pas de s’abandonner à des passe-temps inutiles. Par exemple, étaient exclus les jeux de cache-cache qu’organisaient souvent les enfants du peuple. Basil avait simplement voulu les rejoindre : jouer n’était pas un crime après tout ! Ses parents l’avaient surpris en sortant du temple, courant, le sourire aux lèvres, en compagnie de ses nouveaux amis, ses premiers camarades de jeu ; des enfants sales, vulgaires, de la basse société. Son père lui avait pincé l’oreille et avait attendu qu’ils soient arrivés au manoir pour le réprimander. « Ce n’est pas en jouant que j’ai été nommé premier consul ! » avait-il justifié. Le jeune garçon, son visage enfoui dans ses bras, renifla bruyamment.

- Ho, tu me parais bien triste…

Basil sursauta et dirigea son regard dans la direction des paroles, vers son lit. Un saltimbanque y était installé en tailleur et l’observait en souriant. Ses vêtements aux milles couleurs juraient avec la sobriété de la chambre du jeune enfant. Ses pantalons bouffants le rendaient impressionnant, son maquillage extravagant lui conférait une prestance étonnement magique et l’intonation rieuse de sa voix lui attirait attention et écoute passionnée. D’un geste furtif de la main, Basil chassa la naissance de ses larmes.

- Pourquoi es-tu tout seul dans ta chambre alors qu’il fait si beau dehors ?
- Mes… mes parents m’ont puni parce que j’ai joué à cache-cache avec les enfants de dehors, expliqua le garçon d’un air coupable.
- Ils t’ont puni parce que tu as joué à cache-cache avec les enfants de dehors ?

L’inconnu porta une main contre sa bouche et adopta un air exagérément outré. Ses gestes grandiloquents lui offraient une apparence clownesque propre à faire rire les enfants. D’ailleurs, Basil esquissa un sourire…
Un saltimbanque, un saltimbanque, dans sa chambre, installé sur son lit ! Emerveillé, Basil ne se lassait pas de l’observer. Et peu à peu, il en oubliait même sa punition. Jamais il n’avait pu aller les admirer, ces artistes effectuant leurs acrobaties sur la place du marché en échange de quelques pièces. Ses parents ne lui avaient jamais accordé ce plaisir, prétextant que cela ne pouvait rien lui apporter de bon. Ces vagabonds ne pouvaient être que des voyous ! Basil était pourtant persuadé qu’ils se trompaient.

- Ha, c’est plus agréable de sourire, n’est-ce pas ?

Le jeune enfant acquiesça. Un léger silence s’était installé dans la chambre. Basil observait les apparats de son interlocuteur, les yeux pétillant d’une joie si peu exprimée chez lui. Les rumeurs de la vie quotidienne s’estompaient peu à peu autour de lui. Les bruits de vaisselle que l’on rangeait au salon n’étaient plus, les quelques gazouillis des oiseaux résonnant dans le jardin s’étaient faits plus discrets… Toute son attention était centrée sur ce saltimbanque, installé sur son lit, dont les grimaces et les gestes burlesques n’étaient que pour lui.
Cet heureux inconnu étira ses lèvres démesurément maquillées : c’était maintenant ou jamais !

- Et si on jouait un peu ?

***


Basil frappait dans ses mains et riait comme il ne l’avait encore jamais fait. Le saltimbanque avait sorti de ses poches tant de jeux, plus qu’il ne l’avait espéré. Et il en demandait, encore et toujours plus. Dès qu’il en avait exploré un, il lui en fallait un autre.
Son ami se leva et garda le silence. Il alla se poster devant la seule fenêtre de la pièce tandis que Basil l’observait les yeux emplis de curiosité.

- Je n’ai plus de jeux, tu as joué à tous ceux que j’avais avec moi…
- Non, je ne vous crois pas ! Vous en avez d’autres !
- Ho, il m’en reste bien un, mais il est trop difficile pour toi !
- Mais je peux quand même essayer, non ?

Basile refusait de penser que ce moment de loisirs allait toucher à sa fin. Non, le saltimbanque avait encore un jeu et il allait y jouer ! L’inconnu se retenait de rire. L’enfant avait mordu à l’hameçon comme il l’avait prévu et il ne tarderait pas à arriver à ses fins.

- Oui, tu peux tenter mais tu ne peux pas te permettre de rater, parce que si tu rates, je m’en irai…
- Mais vous ne pouvez pas partir !
- C’est une des règles de ce jeu… si tu veux y jouer, tu dois courir le risque de ne plus jamais avoir l’occasion de me voir et de pouvoir t’amuser.
- Je ne perdrai pas alors !

Devant la détermination de l’enfant, le saltimbanque fit volte-face, son sourire enfantin aux lèvres. Un doigt pointé vers le haut, il expliquait à Basil qu’il allait incarner le rôle d’un grand aventurier, la mine faussement sérieuse.

- Ce jeu est différent des dominos ou des cartes ! Tu devras faire attention au moindre de tes mouvements, le moindre faux-pas pourrait faire rater ta mission. Réflexion et prudence seront tes cartes maîtresses. Tu devras suivre au doigt et à l’œil les moindres détails concernant les buts de tes actions. Plus tu avanceras dans le jeu, plus cela deviendra long et difficile… Tu es toujours partant ?

Le jeune garçon acquiesça silencieusement, la gorge nouée par l’excitation. Il était pressé de connaître la suite des règles…

- Tu vas incarner le rôle d’un apprenti magicien ! Je serai celui qui jouera le personnage de ton maître ! Tu commenceras sans aucunes connaissances et plus tu avanceras dans le jeu, plus tu gagneras de l’expérience et des pouvoirs grandissants. Tu devras utiliser tes sorts à bon escient pour mener à bien tes missions. Ton maître le magicien est quelqu’un de dur et d’exigent. Si tu rates une seule aventure, il te laissera là et ne te voudra plus jamais comme élève. Et là se terminera la partie.

Basil hochait la tête au rythme des paroles du saltimbanque qui, au fur et à mesure de l’avancée de son discours, se transformait. Les yeux écarquillés par la surprise, le garçon n’osait plus rien dire. Il n’allait pas échouer, il allait réussir cette partie. Son apprenti magicien sera le plus fort, il gagnera pour pouvoir encore jouer, pour que son ami ne s’en aille pas ! Les habits colorés perdirent leurs éclats et s’assombrirent. Ils perdirent de leur ampleur et se fondirent les uns dans les autres pour ne plus former qu’une longue robe noire recouverte d’une cape encore plus sombre. Le maquillage du saltimbanque disparut laissant apparaître une peau extrêmement pâle et horriblement tirée. Le magicien semblait mourrant… un chapeau comme ceux que mettent les enfants les soirs d’Halloween vint dissimuler son crâne. Les yeux cernés fixaient Basil, le scrutant avec attention… L’enfant recula d’un pas et ne put réprimer le frisson qui parcourut son échine. L’homme devant lui ne pouvait être le saltimbanque ! Le souffle coupé, il l’observait se mouvoir lentement, si lentement. Il passa une main sous sa cape et en sortit un étrange objet d’où émanait une pâle lueur bleutée.

- Vois-tu cet objet ? Il est très important pour ce dernier jeu, le plus important. Pour le moment, il n’est que très peu rempli… une fois que la lumière bleue sera plus forte et qu’elle occupera tout l’espace, tu auras gagné, tu seras déclaré maître du jeu.

***


L’étrange inconnu s’installa à nouveau sur le lit de Basil. Cette mise en scène exagérée lui sapait toute son énergie. L’enfant était sa dernière chance de survie. Si il arrivait à ses fins, tant mieux. Dans le cas contraire, il se serait au moins amusé une dernière fois. N’était-ce pas, après tout, sa volonté la plus chère ? Mourir au milieu d’une guerre qu’il aurait provoquée. Si il échouait, il mourrait en sachant au moins qu’un conflit n’allait pas tarder… Basil était un joueur très assidu. Il suivait la moindre de ses indications à la lettre. Ce jeu représentait beaucoup pour lui. Ses parents l’avaient tant privé de ce genre de loisir qu’il en devenait rapidement attaché. Il ne se rendait même pas compte que les missions qu’il devait accomplir se déroulaient dans son monde, dans la réalité et non dans une quelconque dimension spécialement conçue pour ce soit disant jeu.

Lorsque le sombre magicien lui avait demandé, comme première aventure, d’aller reprendre un manuscrit important qu’une personne lui aurait volé, il ne s’était pas attendu à ce que Basil soit aussi naïf. A son retour, le rouleau de parchemin en main, l’enfant avait laissé dire que le jeu était tellement réaliste qu’il avait eu la curieuse impression de déambuler dans la grande bibliothèque de son père. Le maître du jeu avait ignoré la remarque et s’était contenté de féliciter son apprenti pour cette première réussite. Basil oublia rapidement lui-même ses observations et n’y fit plus attention. Cet enfant lui était une bénédiction. Peut-être y avait-il un dieu qui veillait sur lui et s’arrangeait pour qu’il ne disparaisse jamais de ce monde. Pourtant, à chaque fois qu’il devait agir de la sorte pour sa survie, il courrait le risque que sa proie se retourne contre lui. Après tout, il lui enseignait ses sortilèges, il le préparait à devenir un réceptacle de la magie. Peut-être était-ce parce qu’il trouvait toujours la bonne personne : manipulable à souhait et beaucoup trop fragile pour se défendre.

Le terrible manipulateur mit de côté un moment ses pensées et se tourna vers son artefact tant apprécié, cet objet à la forme muable et aux couleurs changeantes. Cette fois, il ressemblait à un sablier et émettait une lueur bleutée. Une fois qu’il aurait fait de Basil ce qu’il prévoyait, son précieux et seul bien se muerait à nouveau. Cette fois, le sablier avait été présage de patience. Il était bien curieux de connaître sa prochaine forme et son nouveau message. Cela n’allait tarder, son sablier était à présent totalement emplit de son actuelle lueur.

Cette fois, Basil revint plus rapidement que de coutume. Il haletait et était couvert de sang. Il ne semblait pas trop s’en soucier. Apparemment, sa difficulté à faire la part entre le vrai et le faux s’était amplifiée. Ses blessures étaient superficielles et le sang qui séchait sur ses vêtements n’était pas le sien. D’un geste de la main, Basil se débarrassa des tâches et il murmura quelques paroles pour se lancer un sort de guérison légère. Le magicien sourit : son apprenti progressait rapidement, il était doué. Basil prit un moment pour reprendre son souffle avant de faire son rapport. Il expliquait avec nombreux détails ses combats et ses meurtres, jouant pleinement son rôle, ayant totalement oublié la morale de son monde et son caractère d’enfant. Il accomplissait sans discussion ce que son maître lui demandait, même si cela entraînait des morts, des conflits, des guerres peut-être ou tout simplement de la cruauté. Il était tellement accroché à ce fameux jeu, il voulait tellement jouer encore, encore et encore, qu’il n’osait même pas contredire celui qui dictait les règles. Qu’il commette des crimes ou qu’il sauve des vies, du moment qu’il gagnait du terrain et que la lumière colorée envahissait progressivement le sablier, peu lui importait. Il serait bientôt le maître du jeu et il aurait tout le loisir de profiter de la compagnie de son nouvel ami, du moins, c’était ce qu’il pensait.

Basil, une fois son discours terminé, observa le fameux artefact : il était à présent entièrement bleu. Il sourit de plaisir et se tourna, la mine impatiente vers le vieux magicien.

- Et bien, tu es un jeune garçon très doué !

L’enfant ne répondit rien, il n’attendait qu’une seule chose. Le saltimbanque se faisait désirer mais il n’accomplirait et ne prononcerait plus rien tant qu’il ne fût proclamé vainqueur. Cependant, son interlocuteur observait un silence de plomb. Peu à peu, encore une fois, il se transformait et derrière lui, le sablier suivait le mouvement et changeait également. A présent, devant lui, se tenait une créature effrayante, qu’il n’avait jusque là jamais croisé.

Pour le peu d’énergie qui lui restait, l’étrange magicien voulait au moins terminer le jeu en grandes pompes. Sous sa forme de dragon, il ne pouvait que détruire les meubles des alentours. Il était plutôt imposant. Ses yeux brillants observaient l’enfant changer peu à peu d’expression. Sa mine réjouie laissa place à de la terreur. Il était figé devant cette énorme créature aux narines fumantes et à l’haleine brûlante. Peut-être était-ce un dernier test afin de vérifier qu’il méritait son statut de maître du jeu ? Basil avait beau tenter de se souvenir de tout ce qu’il avait précédemment appris, ses pensées étaient paralysées, tout comme son corps. Que pouvait-il faire à présent excepté assister, impuissant, à sa propre défaite ? Il l’ignorait, il ne parvenait plus à penser correctement. Finalement, il avait perdu, il ne jouerait plus, plus jamais. Mais il était heureux de savoir qu’il n’aurait pas à vivre dans son monde, où les jeux lui étaient interdits. Il était persuadé que privé de ce loisir, maintenant qu’il l’avait découvert, sa vie n’aurait plus de sens. Malheureusement, il n’eut même pas la force et le courage de murmurer un simple « merci ». La dernière chose que sa conscience lui permit de voir fut la gueule grandement ouverte du dragon, dévoilant des dents acérées et une langue pointue.

***


- Monsieur Basil, monsieur Basil !

Un jeune garçon ouvrit douloureusement ses yeux et observa autour de lui. Sa chambre était trop rangée et très dépouillée. Il se trouvait contre la porte de la pièce et la voix juste derrière l’avait sorti de son inconscience. Il se leva et ouvrit. La ménagère du manoir entra en catimini.

- Ho, vous allez bien, pendant un moment, j’ai cru que vous aviez fait une bêtise ! Je ne vous entendais même pas…
- Je… je m’étais endormi.
- Ha, voilà pourquoi ! Je suis navrée de vous avoir dérangé !
- Ce n’est rien…
- En fait, je montais ici pour vous apporter de quoi manger. Vos parents sont sortis et bien qu’ils vous aient privé de repas pour le reste de la journée, je me préoccupe de votre santé et il faut que vous mangiez un peu…

La femme en tablier lui tendit un plateau où reposait un copieux repas.

- Merci…
- Je reviendrai un peu plus tard reprendre les couverts, juste avant que vos parents ne reviennent !

La porte se referma à nouveau. Le corps de Basil se retourna et réexamina la pièce qui sera à présent sa chambre. Ses pupilles avaient changé de couleur et il souriait à pleine dent. Voilà à quoi ressemblerait sa nouvelle vie, une existence au sein d’une famille aisée, il n’aurait jamais rêvé mieux…

Le démon du jeu venait encore une fois de gagner la partie et son artefact prit place sur une de ses nouvelles étagères.



petite note: pourrait-on rajouter le tag du thème s'il vous plaît?
Tags: fandom : original, theme : le yin et le yang
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