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Thor

rorihnemuri in 6variations

Un long Voyage (37) - Avengers - N°5

Titre : Blue Blood Sea
Auteur : rorihnemuri
Thème : Un long voyage
Fic n° : 5
Fandom : Avengers
Personnage/Couple : Steve Rogers &Tony Stark, vers du slash.
Rating : pg-13
Disclaimer :
Avertissements : UA de Pacific Rim. En trois partie, bien que le côté voyage ressorte plus sur le début que sur la suite que je suis en train de faire.


I.

Baie de New York, Avril 2017


Il se fait passer pour un italo rentrant au pays – et c’est presque trop facile de s’entasser dans un ferry illégal qui ne sera pas surveillé par des hélicoptères ou les gardes côtes, qui coûte cher mais pourtant juste la moitié du tarif grand public. Faut dire que depuis la brèche, naviguer n’est plus vraiment prisé – les pêcheurs sont devenus les nouveaux riches du monde pendant que les boites de transport aérien se cassent la gueule en silence.

Il aurait pu prendre un jet.

Ou American Airlines, si son père n’était pas décidé à lui interdire le voyage.

Foutue nationalisation massive du gouvernement, grogna-t-il en serrant les dents pour ne pas se plaindre à voix haute, ses yeux suivant les contours rouillés d’un vieux porte-avion de facture européenne, française peut-être, dont la silhouette sombre se découpait sur l’horizon claire et dégagée d’un matin d’Avril comme un autre.

- Impressionnant, hein ?
Tony hausse les épaules, n’ose pas dire que ce modèle précis n’a rien à envier à ceux qu’il a imaginés – ta gueule, s’énerve-t-il après lui-même, ta gueule. Ici, t’es plus personne.

- C’est toujours impressionnant la première fois.
Il n’est pas très grand. On dirait un de ces ados qui hantaient les rues de New York, avant, avec leurs chiens, un style grunge/punk prononcé et l’envie de changer le monde en vivant hors de ses codes ; aujourd’hui, c’est plus une réalité douloureuse qu’une décision rêveuse.

- Ouais, souffle Tony, et sa file avance en même temps que celle du type.
Ça lui rappelle Disney World sans fast pass.

Même si le staff de Disney n’est pas armé et perché sur des containers, à passer des spots à la lueur plus bleue que blanche sur leurs visiteurs.

- On a pas l’air d’avoir été repérés, souffle le gamin blond au manteau qui traine par terre.
Tony rajuste la lanière de son sac sur son épaule, tentant de paraître aussi désinvolte et placide que le reste de la foule silencieuse attendant son tour d’embarquer.

En vrai, c’est pas simple – il suffit qu’une seule personne le reconnaisse, et son plan est foutu.


- Parce que, tu t’es déjà fait chopper ? Lance-t-il pour faire la conversation plus que par réel intérêt pour la vie de ce mec.
- C’est la sixième fois que j’essaie, s’expliqua l’avorton avec une certaine fierté. Je m’appelle Steve Rogers.
Tony saisit sa main tendue par habitude – et aussi parce que personne ne le cherchera en compagnie d’un gringalet blond aux doigts noueux et à la peau trop cireuse pour être remarquable.

- Max.

Tony.

- Juste Max ?
Tony ricane, s’attirant les regards curieux des quelques badauds les entourant ; ici, personne n’est censé avoir d’histoire et neuf personnes sur dix sont enregistrées sous un faux nom, quelque chose de lambda, Ellis Island à l’envers et Tony sait que ce porte-avion en particulier traverse, parce que son capitaine est dans les petits papiers des grands pontes de Washington.

Washington, dans le Missouri.

- Ne le dis à personne, mais c’est Max Rockatansky, lui souffle-t-il, penché en avant, décochant un clin d’œil complice à un type qu’il ne reverrait jamais.

Tony Stark.

- Pas le meilleur film de Mel Gibson, renifla Steve en faisant craquer sa nuque et ses poignets ; piétiner dans la boue depuis quelques heures n’était pas top, mais leur seule chance de traverser.
Il se sent un peu comme les aristocrates évacuées du Titanic.

Sans le gilet de sauvetage.

- Fan de Braveheart ?
- Pas fan du Dôme de Tonnerre en tout cas, répondit-il avec une grimace de dégoût.
Tony hausse les épaules, amusé.

- Et tu rentres en Australie à la recherche de ton V8 où –
Sa question reste en suspens, et il plonge ses petites mains dans des poches trop grandes.


- Je fais du tourisme. Toi ?
- Mon meilleur ami s’est engagé dans le programme de Malibu –
- Je croyais qu’ils ne recrutaient plus, le coupa Tony en avançant.
Steve hausse les épaules avec la désinvolture un peu colérique des gens à qui on a refusé l’accès – ce genre de réactions que Tony a trop vues pour les avoir suscités aux entretiens d’embauche (même si son père et Obadiah faisaient le gros du travail eux-mêmes, on ne veut que le meilleur et vous n’êtes pas assez).

- Plus depuis quelques mois, ouais. Je vais tenter ma chance à l’Est, lança-t-il en tassant des mottes de terre avec ses pieds.
- Vladivostock ? Tente Tony.
- Non, lui souffle Steve. Ils ont un couple qui marche bien, donc…
- Ah, j’avoue que c’est presque un problème, siffle Tony, un sourire en coin narquois sur le visage.
Steve lui refile un coup de poing amical sur l’épaule, souriant à son tour.

- Je visais plus au sud, lui apprit-il.
- Mon coude ?
- Non, rit-il, Hong-Kong.
- Oh.
- Ouaip.


Des minutes passent, peut-être des heures – leurs files finissent par avancer séparément et Steve n’est bientôt plus qu’une autre tête dans la foule disparate qui souhaite traverser l’Atlantique – comme si les Kaijus allaient apparaître depuis la dorsale quand la brèche du Pacifique est grande ouverte et bat aussi fort que le double cœur des énormes bestioles qui en sortent depuis six ans.

La lueur trop pâle du soleil suffit à peine à dissiper la fraîcheur moite d’Avril, les nuages embués qui s’échappent d’eux comme s’ils étaient devenus des machines ; la file avance, et même si les passeurs sont organisés et copains avec les bonnes personnes, embarquer est leur plus gros risque.

Sa montre sonne.

7 : 00 AM

Son souffle est tremblant lorsqu’il expire, tendu, et lève les yeux vers toute la grisaille du ciel – si l’algorithme marche, il lui reste quatre-vingt-seize heures, quatre pauvres jours, et quelques poussières de minutes.


Il se rappelle les mots de son père le jour de la première attaque, ses yeux fixés sur le poste de télévision du grand salon, son repas trituré du bout de sa fourchette qui repartirait froid et intact aux cuisines ; ça arrivera encore, s’était-il senti obligé de prophétiser, son regard calculateur scrutant les photographies sans couleurs du long corps écailleux du premier Kaiju.

C’est comme ça que Stark Industries, en partenariat avec Oscorp, avait réussi à livrer le premier modèle de Jaeger deux années plus tard – et toutes les années suivantes.

.

Il y a un jeu de fléchettes à bord du porte-avion, et un type qui ne peut même pas entendre est en train de leur foutre la raclée du siècle.

Peut-être que c’est justement parce qu’il ne peut pas être déconcentré par toutes les insanités des mecs qui s’entassent dans la cabine que ce type est aussi bon ; il se balade avec un petit badge attaché à sa veste où son nom est inscrit en lettres noires irrégulières, et l’encre a un peu bavé, alors on lit très bien Barton, mais moins bien Clint.

Enfin, Tony pense que c’est Clint.

Il entend pas de toute façon, se rassura Tony en haussant les épaules, sortant de la petite cabine surpeuplée à la recherche d’un peu d’air qui ne soit pas vicié par des odeurs de sueur ou de vomi ;  ils ne sont pas vraiment autorisés à sortir sur le pont, mais certains passeurs s’en fichent plus que d’autres.

C’est comme ça qu’il retrouve Steve une première fois, solidement ancré à un câble et savourant le roulis des vagues et l’iode des embruns dans la pénombre de la soirée ; les pans trop longs de son imper claquent dans le vent et sa cravate flotte au-dessus de son épaule comme si elle allait se détacher.

Il n’a toujours pas de sac.

Tony n’ose pas quitter le sien – même s’il a cousu des poches intérieures dans son sweat pour y cacher les rouleaux de billets qui vont lui permettre d’arriver jusqu’à Tokyo, la vieille besace qu’il utilisait au MIT contient encore bien des trésors dont la baie aura besoin… Et des souvenirs qu’il ne pouvait pas laisser derrière.

- Max !
La voix de Steve est à peine plus qu’un murmure par-dessus les cris rageurs des vagues et les sifflements suraigües du vent ; ses cheveux dégoulinent d’eau trop salée pour être avalée, collent sur son front et des taches brunes d’humidité maculent son imperméable trop grand.

- Amène-toi !
Tony s’approche, précautionneux, et comme Steve ancre ses doigts tout autour du câble tendu entre un crochet sur le sol humide et glissant du pont et le sommet d’un poteau métallique illuminé de diodes rouges et blanches.

Rogers est extatique et son excitation monte comme la tempête qui les entoure ; l’orage gronde au loin, et le ciel se strie d’éclairs plus aveuglants encore que les flashs des paparazzis un lendemain de cuite – le monde se déchaîne sous leurs yeux et sa mémoire lui ramène le peu qu’il puisse associer à ça, le vent secouant les drapeaux au siège de Stark Industries, un solo de guitare, l’image du premier Jaeger rompant des vagues trop claires sur les côtes des Philippines –
Face à la tempête, Howard n’est plus qu’un homme qui n’aura pas su le retenir ou l’écouter – et lui juste un type aux fringues détrempées admirant toute la beauté chaotique d’un tas d’éclairs et de vent remuant le ciel et la mer.

Ses doigts se délient douloureusement autour du câble de carbone ; comme Steve, il ne les sent plus, drogué par le vent, et ses jambes le portent à peine.

- Plutôt cool, hein ?
- J’avoue, souffla Tony dans un murmure, passant sa main dans ses cheveux pour en évacuer l’eau, la pluie – sauf qu’ils ne sont plus aussi longs, et que sa barbe de jadis n’est plus qu’une ombre qui souligne le creux de ses joues.

- Allez, viens. Je t’invite dans ma cabine, lui lance Rogers, lui aussi à bout de souffle, bombant toute l’étroitesse de son petit torse pour se rendre grand – et Tony lui donne un point pour l’effort, vraiment, parce que ce petit gars a autant de véhémence en lui que toute l’immensité de la tempête dehors ; aussi sûr que son père avait prédit les autres Kaijus à la suite du premier, Steve Rogers serait pilote de Jaeger.

.

La cabine que Steve s’est choisie est comme toutes les autres : pleine.

Une chance que les passeurs aient suffisamment trafiqué le porte-avion pour le rendre vivable – même si le service d’étage laissait à désirer en terme de rapidité et que la propreté des chambres ne soit pas transcendante. Ça lui rappelle ce film italien, a five star life, où une femme joue les clients mystères dans des palaces du bout du monde, retourne les chambres, note absolument tout. Fuit sa propre vie.

- J’ai des couvertures de survie – tiens, lui lance Steve en lui tendant le paquet.

Tony frissonne, et ce n’est pas qu’à cause de la pluie qui détrempe ses vêtements – la couverture de survie est la bienvenue et tinte comme du papier aluminium à chaque mouvement.

- Je les ai piquées dans une vieille caserne de pompiers, plus personne n’en voulait, s’expliqua Steve en haussant nonchalamment les épaules. Enlève ta veste, s’tu veux, je vais accrocher la mienne aux tringles, poursuivit-il en désignant celle qui devait servir à séparer les couchettes les unes des autres.
- Okay, merci, lui souffle Tony.
Ils restent assis sur la couchette, humides et tremblants dans les entrailles du porte-avion ; personne ne parle, Steve ne lui demande pas pourquoi il refuse de quitter son sac et Tony essaie de ne pas lui dire qu’avec sa petite stature et son corps trop chétif le programme ne voudra pas de lui.

- Tu veux un truc à bouffer ? Propose-t-il avant de pouvoir s’arrêter.
Steve le regard, un air aussi surpris qu’interdit sur le visage – comme si partager un repas était devenu quelque chose que même la soupe populaire avait du mal à faire.

Ah, oui.

C’est déjà le cas.

- T’as quoi ? Lui aboie presque Rogers, décidément méfiant.
- Juste le meilleur, lui répond Tony avec un clin d’œil.
Quelques fermetures éclairs plus tard, c’est une demie tablette de chocolat aux noisettes qui émerge de son sac, son emballage fermé par un élastique en caoutchouc ; Tony la lui tend directement, plus soucieux de se réchauffer que de se faire plaisir avec du sucré.

- … C’est très gentil, commence Steve, sincèrement gêné, mais je ne peux pas accepter.
- Oh allez, Rogers, fais pas ta chochotte.
- Non, vraiment, Max –
- Prends-le où je te le fais bouffer, le menaça-t-il, son bras toujours entendu entre eux.
- Je suis allergique aux noisettes, connard, réplique Steve avec un sourire narquois en repoussant la tablette.
- … Ah, si tu le prends comme ça.
Il range la tablette, farfouille un peu, et propose quelques autres sucreries à Steve – les conserves étant prévues pour durer jusqu’au transsibérien, il n’en propose pas ; et puis, ils n’ont rien pour faire chauffer les haricots, qui sont vraiment dégueulasses froids.

- Je suis daltonien, aussi, tint-il à préciser, donc viens pas m’agacer avec des histoires de lueurs vertes ou rouges pendant la nuit, merci.
- T’inquiète, les aliens viennent pas en soucoupe volante cette année non plus, souffla Tony, un peu cynique, en grignotant un morceau de pain de mie.
Steve ouvre la bouche pour répliquer, puis la referme, ramenant ses genoux cagneux contre son corps sous la couverture de survie.

- T’as perdu du monde ?
- Ma mère, répond Tony après un moment.
Steve hoche la tête, pensif.

- Trespasser, en août 2013.
La pression sur son épaule est rassurante, compatissante – et, pour la première fois depuis des mois, sincère.

- C’est pour ça que je veux m’engager, parce que j’ai rien à perdre, lui avoua Rogers. En plus j’suis persuadé que Bucky et moi on était compatibles –
- C’est pas les frères et sœurs qui ont le meilleur taux de réussite ? Intervint Tony, cherchant dans ses souvenirs le chiffre exact.

87 %, quelque chose comme ça.

- Si, admit-il avec reluctance, mais c’est parce qu’ils ont soi-disant plus de souvenirs en commun… J’pense que c’est surtout pour éviter que nos souvenirs se retrouvent trimballés partout.
Tony haussa les épaules.


En vérité, si le PPDC préfère employer des frères et sœurs, et plus particulièrement des jumeaux voire des triplés comme c’est déjà arrivé en Russie ou en Chine, c’est parce que la connexion neuronale se fait aussi sur une base ADN commune que l’humanité ne partage pas toujours avec son voisin. Il s’agirait aussi de ne pas imprégner la conscience de quelqu’un avec des souvenirs venus d’une autre réalité socio-culturelle ; ce qui, en soit, n’invaliderait pas les souvenirs propres du pilote, mais nuirait à la stabilité apportée par ceux-ci dans la dérive.

Les scientifiques débattent toujours sur une idée que le monde entier trouve censée.

- Possible, lui concéda-t-il malgré tout.
- J’ai ma théorie là-dessus – je pense qu’au contraire, ce sont les personnes qui ont construit un lien sans avoir un lien de sang sont plus forts, ensembles.
- Quelque chose comme blood is ticker than water ?
- Un truc comme ça.

Ce que Tony ne lui dit pas, c’est que c’est potentiellement vrai – mais que les fonds n’iront pas dans ce sens à moins qu’on prouve le contraire à grand renfort de records.

- Et puis, des frangins c’est plus vendeurs que deux types venus des rues de Brooklyn, fit Steve en haussant les épaules, tentant de paraître détaché et nonchalant.
Tony y réfléchit.

Il y a une chance que le côté fils de l’Amérique passe auprès du public – depuis les débuts du programme il y a dix-huit mois, le but du jeu n’était plus uniquement de protéger la côte et les citoyens, mais aussi de se faire bien voir pour effacer la résolution de conflit à l’ogive nucléaire.


Il préfère ne pas lui dire.

- Tu sais, ils se foutent bien de la gueule que t’as du moment que t’es doué, ne put-il s’empêcher de le rassurer malgré tout. Pourquoi ton pote t’as pas attendu ? Y a des sélections tous les deux, trois mois à New York…
Il ne pose pas la question, la laisse en suspens – comme ça, Rogers n’est pas obligé de répondre aux choses dont il n’a pas envie.

- Tu plaisantes ? Lui siffle-t-il, soudain agressif. J’ai pas les épaules pour ce job, au propre comme au figuré – et ça, tout le monde l’a bien compris. C’est pour ça que Bucky s’est barré un matin sans rien dire ; il voulait pas qu’on tente le coup pour m’éviter d’être recalé –
- Ou peut-être, s’aventura Tony avec ce ton probablement trop narquois, peut-être qu’il voulait pas que vous creviez bêtement dans un robot au milieu du Pacifique.
Le haussement de sourcil nerveux de Steve termine de le convaincre qu’il aurait mieux fait de la fermer.

- Si c’était juste ça, il se serait pas engagé.
- C’était juste une supposition, se défendit Tony en essuyant une goutte d’eau qui roulait sur sa joue, le chatouillant au passage.
- Ouais. Bonne nuit, Max.
- Bonne nuit, répond-t-il d’un ton plus absent encore que celui de Steve.

La pluie continue à battre le vieux porte-avion qui les ramène vers la vieille Europe, bien qu’ils n’en entendent ni les gouttes, ni le vent ; Tony part avant que Rogers se réveille.

Pour déconner, il lui laisse un carré de chocolat avec une énorme noisette dedans.


(Il s’en fiche un peu, y repense parfois, s’en fout la plupart du temps ; après tout, il ne reverra jamais Steve Rogers de toute sa vie).

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